lundi 20 janvier 2014

À bout de souffle

À bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960)

Il n'y a qu'une certitude, et Michel Poiccard la connaît : la mort. Ou le néant, c'est-à-dire rien.
Justement, partir de rien, d'un fait divers. Et puisqu'il faut réinventer les codes du genre cinématographique, commençons par quelques grimaces. Le reste finira bien par suivre. Des grimaces et un pouce tendu qui glisse sur les lèvres, à la manière d'Hymphrey Bogard. Oui, les mimiques des classiques sont intemporelles. Elles traversent les âges jusqu'à faire de notre quotidien un pâle reflet de nos idoles. Mais elles vivent, nos idoles, elles ne sont plus figées sur la pellicule. Et le cinéma se déverse dans la vraie vie. Le passé nous hante mais en filant à toute blinde, le semer est un jeu d'enfant. Jusqu'à n'être personne, juste ce que nous sommes à l'instant où nous laissons échapper un souffle, le dernier témoin de notre course.

Faulkner écrit : « Between grief and nothing, I will take grief. » Patricia choisit le chagrin et Michel le néant. En choisissant le chagrin, Patricia défie la vie de lui ôter son sourire. En choisissant le néant, Michel défie la mort de lui ôter son sourire. Leur sourire qu'ils convoquent devant leur reflet ou encore dans le reflet des yeux de l'autre. Michel dit : « Dès que tu as peur ou que tu es étonnée, tu as un drôle de reflet dans les yeux. Je voudrais recoucher avec toi à cause de ce reflet. » Dans les yeux de Patricia, Michel se voit en vie, il aperçoit la fin de sa course. Il y croit. Mais qu'a-t-il à lui offrir ? Pas le temps de s'attarder sur les autres visages qui se font face dans la chambre, le temps le rappelle, lui. Il est tapi dans son ombre et sonne en cadence.

Dans cette course, le plus difficile n'est pas de trouver des moyens d'aller vite mais d'échapper à soi-même, à sa terrible lucidité. Courir, masquer son expression par des grimaces et ne plus penser. C'est tout ce qu'il reste pour échapper à la fin.

Jean-Paul Belmondo, « Michel » et Jean Seberg, « Patricia ».


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire